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Courses d'Ultra (100km et distances > au marathon)

Je suis revenu de Sète mardi 25/08, tout seul en voiture comme un grand, sans besoin d'aide :D . J'ai dit au revoir à Damien (Gourdoda) et Manue qui restent en vacances dans le sud ainsi qu'à Gwen et sa petite famille avec qui je partageais l'emplacement dans le camping de Balaruc.

Avant de revenir plus en détail sur la course, je précise déjà que le moral est bon, la santé aussi si l'on peut dire, en tout cas, je n'ai pas de courbatures (pas assez couru) et peu de bobos, seulement des débuts d'ampoules au bas des talons provoqués par la marche. Il faut dire que je ne m'étais pas entraîné à marcher de longues heures durant et ça, ça fait mal aux pied quand on porte des runnings. Je n'étais pas venu pour marcher ni faire de la randonnée, mais simplement pour courir. Ce qui m'a rendu la course difficile c'est le poids de mon sac à dos (environ 6 kg) dont la lourdeur tenait au fait que j'étais en autonomie totale. J'avais juste placé des bouteilles d'1,5 litre tous les 10km environ.

Chronologiquement, mon périple a commencé jeudi 20/08 à 9h30 quand je suis parti de chez moi en voiture, direction Rodez.
Après un long voyage où j'ai quitté l'autoroute assez tôt (Niort) pour prendre des nationales et des départementales ("Je hais les routes départementales ..." disait Jean Yanne, mais en voiture, je ne les apprécie pas non plus), je suis arrivé à Rodez vers 17h.
Le travail de placement des bouteilles allait commencer. Je pris donc la direction de Sète en suivant scrupuleusement le road-book et trouvai un endroit au bout de 15km où je cachai une bouteille (derrière une barrière de sécurité) en prenant soin de placer des gommettes de couleur et un morceau de rubalise pour que je puisse facilement retrouver l'endroit quand je courrai.
Par la suite, je plaçai des bouteilles environ tous les 10 à 12 km et repérai les villages où je pourrais éventuellement me ravitailler en aliments solides afin de changer des barres de céréales que j'avais prévu d'emporter.
Les paysages traversés étaient magnifiques et me donnaient un aperçu de ce que j'allais vivre le dimanche et le lundi. Mais la chaleur ambiante (36°) m'inquiéta aussi car si on devait avoir cette chaleur lors de la course, ça serait terrible.
La nuit était tombée après un joli coucher de soleil que j'admirai un temps, tout comme les centaines d'adeptes d'un centre de bouddhistes que j'aperçus à flanc de montagne.
Par la suite, la route descendait mais je ne pus prendre celle de la course, déviée pour raison de travaux et dus faire un grand détour pour rejoindre Lodève (km131). Il faisait toujours chaud.
Je passai à Lodève au moment de la finale du 200m de Berlin (21h30 environ) et après avoir dîné je décidai de remonter une partie de la route que je n'avais pu prendre dans l'autre sens, afin de placer un ravitaillement en eau sinon ça m'aurait fait trop long (15km) entre le précédent et la ville.
J'ai continué mon "balisage-ravitaillement" jusqu'à 15km de l'arrivée en me disant qu'à ce moment là de la course, j'aurais des commerces à proximité.
J'arrivai à Sète peu après minuit et allai me stationner sur le parking longue durée de la gare.
J'ai dormi (enfin j'ai plutôt essayé de dormir) dans mon véhicule, mais en raison de la chaleur, de l'exigüité de mon véhicule et des annonces des passages des trains en gare par haut parleur, j'ai somnolé en pointillés.

Le matin, vendredi 21/08, vers 6h30, je préparai mon barda pour rallier Rodez par le train d'abord puis par le car : Sète - Béziers, Béziers - Sévérac le Château, Sévérac le Château - Rodez. Départ 8h18, arrivée 12h47. Et une fois à Rodez, 35° à l'ombre, je devais attendre plus de 3h pour prendre un car pour St Cyprien/Dourdou, lieu de rendez-vous des Mini Mil Killers. Je préférai prendre un taxi afin d'aller prendre une douche au camping dans les meilleurs délais.

Arrivée au camping : 15h. J'y retrouvai d'autres coureurs déjà installés.
La tente montée, la douche prise, je fis une bonne sieste afin de ne pas manquer de sommeil dans deux jours.
Il faisait chaud, mais il y avait de l'air et à l'ombre ça rafraîchissait.

Jusqu'au samedi soir 22/08, le lendemain donc, je me suis bien reposé et j'ai profité d'avoir du temps pour discuter avec les copains (gourdoda, Gwen, et tant d'autres que j'avais plaisir à voir ou revoir).
J'ai aussi vu et revu mon sac à dos afin d'y placer tout ce dont je risquais d'avoir besoin pendant la course que j'avais prévu de faire en autonomie totale. Au bout du compte, le sac semblait peser une tonne et je me doutais que ça n'allait pas être facile de courir avec ça sur le dos, mais je n'avais pas d'autre choix.
JB, l'organisateur, fit le briefing dans le camping, à l'ombre, sous le regard étonné des autres vacanciers qui devaient bien se demander quelle était cette "secte" de personnes habillées en jaune fluo pour certaines (c'est la couleur du TS offert aux participants).

Le jour du départ, le dimanche 23/08, on se donna rendez-vous à St Cyprien devant le Café des Sports pour rejoindre le site du départ (Place St Cyrice à Rodez, au km 800 de la Mil Kil) d'où le top chrono devait être donné à 8h précises, soit exactement 7 jours après le départ de la Mil Kil.
Pendant le trajet (30km) nous avons eu la chance de voir et d'encourager Alex Forestieri qui menait la MilKil. Il lui restait une dizaine de km avant d'atteindre Rodez et il n'aurait pas le temps de nous rattraper avant notre départ. Mais après, qui sait ?

Journalistes, photos, dernières discussions et le départ fut donc donné à 8h.

Dimanche 23 août : 8h00.

JB donne le départ de la Mini Mil'Kil à exactement J+7 de la Mil'Kil, pour synchroniser les temps.
Une longue descente assez pentue de 1500m environ va nous servir d'échauffement et les premières sensations de course sont bonnes : pas de douleur ni au bassin, ni ailleurs, mais le poids de mon sac se fait sentir. Il m'aide à descendre, mais qu'en sera-t-il sur le plat et dans les montées qui s'annoncent nombreuses (3000m de D+ prévus jusqu'à Sète) ?
La météo est au beau fixe, avec un grand soleil, et comme il faisait un peu frais dans la vallée du Dourdou j'espère vivement que la fraîcheur nous accompagne le plus longtemps possible.
Le soleil étant à l'Est le matin, ce n'est pas une nouveauté :wink: , tout le monde va rester à l'ombre des haies en courant sur le côté gauche de la chaussée.
Une première montée, assez raide, va me montrer que mon sac est très (trop) lourd et je suis obligé de piocher un peu pour conserver une allure de course supérieure à mon allure de marche. Nous sommes partis groupés en discutant dans la descente "neutralisée", mais maintenant tout le monde court à son rythme et je me retrouve bien vite parmi les derniers. Pas grave, je sais que la course va durer plus que de raison et que certains sont peut-être partis trop vite et risquent de le payer plus tard.
Vers le km 6,6 nous avons quitté le parcours de la Transe Gaule et je me retrouve alors en pays "inconnu".
J'atteins Flavin (km 8,7) en 1h06', ce qui me donne une idée de mon allure : 7,9km/h. Pas rapide tout ça et déjà je n'aperçois plus personne devant sauf Philippe et Charles avec qui je vais faire un bout de route.
Je n'ai pas très soif et n'ai pas besoin de m'arrêter acheter de quoi manger, ayant pris un petit-déjeuner copieux au camping. Ma première bouteille m'attends au km 14,9 bien cachée et repérable avec des gommettes et de la rubalise. La route monte puis descend maintenant.

La Capelle Viaur, km 13,4 passée en 1h41' (toujours à 8km/h environ de moyenne) , puis le pont sur le Viaur suivi d'une remontée de plus de 4,5km.
Au km 14,9 je m'arrête pour retrouver ma bouteille afin de refaire le plein d'eau et surprise ! Pas de bouteille ! Je m'y prends à plusieurs reprises pour la retrouver, mais hélas elle a disparu. Une farce d'un concurrent ? Un promeneur qui l'a ramassée ? Peut-être a-t-elle glissé et est-elle tombée en contre-bas dans le ruisseau ? En tout cas, me voilà fortement ennuyé et heureusement que les accompagnateurs d'autres coureurs sont dans le coin me proposent de l'eau car j'aurais été bien embarrassé sans eau : ça commence bien ! En plus je perds 10 minutes dans l'histoire.
Le parcours est vallonné, il ne fait pas encore trop chaud, mais je sens que la température monte dès qu'il n'y a plus de haies.
J'espère que ma seconde bouteille sera là.
Je franchis le village de Trémouilles en 2h32' au km 18,8. Ma moyenne est descendue à 7,4km/h. Le paysage est beau, des éoliennes tournent au loin et je sais que je vais bientôt aller les voir de plus près car la route passe à côté.
Mon second ravitaillement se trouve au km 25,6 et avec mes trois compagnons de route (Philippe, Charles et Daniel) je suis tout content de le retrouver sans trop de difficulté. Cette fois la course est lancée !

Le village suivant, Canet de Salars au km 29,3 (4h12'),  est animé. Il y a une brocante ou un vide grenier ou peut-être un vide hangar vu le nombreux matériel agricole entreposé. Il est midi et quart presque et la foule ne se pousse pas vraiment pour nous laisser passer je heurte même un jeune Guignol aviné qui change de direction à chaque pas en lui promettant de revenir lui coller un pain quand j'en aurais fini avec la course et qu'il aura désaoûlé. C'est dire qu'il m'a bien énervé et que je me rends compte que je commence à perdre de ma lucidité en me tracassant sur mes temps de passage à venir. C'est que j'ai prévu d'atteindre certains patelins avant la fermeture des commerces et là, je commence à accumuler du retard sur mes prévisions pourtant pas très rapides.
Je retrouve ma bouteille N°3 à l'entrée de Salles-Curan après avoir admiré les bords du lac de Pareloup où se trouvent des campings.

Salles-Curan, 5h23' de course pour 36,9km. Moyenne : 6,85km/h. J'ai beaucoup marché avec mes compagnons de route et je ne sais pas marcher vite donc du 5km/h ça plombe la moyenne !
Si en plus je m'arrête dans un café-restaurant pour boire deux panachés bien frais, avec Philippe et sa soeur Christine qui l'accompagne en auto), la moyenne va encore chuter. La boulangerie que j'avais repérée l'avant-veille est fermée car j'ai 1h de retard sur mes prévisions. Mais je n'ai pas plus faim que ça et mange mes barres de céréales : j'en ai emporté 18 auxquelles il faut ajouter 6 pâtes de fruits et 6 barres de pâtes d'amandes. Christine me propose une banane que je mange avec plaisir. Après cette pause de 25 minutes, nous repartons et faisons la jonction avec Daniel qui s'était arrêté à l'ombre pour se reposer. Nous marchons plus que nous courons et je commence à ne pas aimer, mais je ne peux assurer un tempo trop rapide en courant au risque de réveiller mes douleurs au bassin qui jusqu'à présent me laissent tranquille.

Maintenant, ça monte dur, nous allons vers le Col de Vernhette (alt 1029m). Un peu avant, il y a un village, Bouloc (7h24' / km 46,9 / moyenne 6,3km/h) où un bistrot est encore ouvert. Je prends un nouveau panaché, me recrème les pieds qui me chauffent un peu, demande de me faire remplir mes bouteilles d'eau fraîche et je repars à la recherche de ma bouteille N°4 que je retrouve facilement. Elle était à l'ombre, donc encore fraîche elle aussi.
Ce nouvel arrêt de 20' va faire encore baisser la moyenne et je crains pour la nuit que je n'ai pas prévu de passer là où je risque d'être quand elle va tomber. Mais il y a le temps, il n'est que 16h quand je passe le Col de Vernhette au km 49,2 en 8h00'. Ma moyenne est de 6,15 km/h : ça baisse, ça baisse, ce n'est plus vraiment de la course et je ne prends pas mon pied pour résumer la situation.
Heureusement qu'au col une surprise va m'attendre : un couple d'Aveyronnais nous klaxonne et s'arrête un peu plus loin. Perdu dans mes pensées je ne le reconnais pas encore et lui non plus d'ailleurs quand soudain j'ai l'étincelle : Jérôme et Marie ! Mes amis de St Cyprien sur Dourdou, ceux qui m'avaient rencontrés sur la Transe Gaule 2006 et que j'ai revus depuis lors de chaque édition. Jérôme est pâtissier et a pris l'excellente habitude de proposer aux coureurs de la TG des flans et des gâteaux énergétiques. Avec ma barbe, ils ne m'ont pas reconnu tout de suite, mais quand ils s'aperçoivent que c'est moi, ils sont tout aussi heureux que moi. Ils me proposent de l'eau pétillante bien fraîche ainsi que des flans et je leur dis que je préfèrerais les prendre plus tard car l'épisode du panaché au café de Bouloc est encore tout frais.
Donc, rendez-vous au prochain village.
Ce sera à Montjaux, au km 54,7 atteint en 8h50' (moyenne 6,20 km/h) après une belle partie de route en descente d'où j'aperçois et admire le viaduc de Millau. Nous sommes entrés dans le Parc Naturel Régional des Grands Causses : c'est très joli et vu mon allure "escargotesque" pour ne pas dire "escargrotesque" j'ai le temps de regarder la vallée.
A Montjaux, nous nous arrêtons avec Philippe et Daniel, rejoints par Claudiane et Marie-Jeanne qui vont repartir assez vite car faisant la Mil Kil en plusieurs étapes (3 jours environ).
Mes amis Jérôme et Marie sont là et nous payent un coup à boire (encore un panaché bien frais pour moi) et m'offrent des flans qui vont apaiser ma faim et compenser ma déception de n'avoir pu me ravitailler dans les précédents villages.
25' plus tard, je dois repartir non sans avoir mis un pansement protecteur à un de mes talons abîmé par trop de marche : je ne suis pas fait pour marcher mais pour courir et donc mes chaussures elles non plus n'apprécient pas ces trop longs moments sans courir. Je commence quand même à boiter et je me demande si cela ne va pas avoir des conséquences fâcheuses dans quelques heures. Je dis au revoir à mes amis et reprends la route essayant de faire la jonction avec Philippe et Daniel ou l'une des filles. Mais tout le monde est trop loin, je ne les aperçois plus alors je file à mon rythme en plein cagnard et je me dis que bientôt je vais aller à la chasse de ma bouteille suivante, la N°5, située près de la borne 33 de la route et repérable par de la rubalise accrochée à un buisson.
Au soleil, une bouteille d'eau chauffe : j'ai le droit à de l'eau chaude, alors je m'arrose avec pour me laver un peu la tête, les jambes et les bras. En courant ça va me rafraîchir peut-être.

Prochaine étape : St Rome de tarn, km 63,5, au bout de cette longue descente depuis le Col de plus de 14km. L'altitude est passée de 1029 à 332m et la fin est plus sinueuse que le début ce qui offre des portions de route à l'ombre. Mais qu'est-ce qu'il fait chaud ! et dire que j'aurais dû passer ici il y a plus de 2 heures maintenant !
St Rome : 10h36' de labeur pour 63,5km : moyenne = 6km/h à peine ! Mes plans nocturnes tombent à l'eau car je ne serai jamais là où j'avais prévu à temps et je redoute une certaine partie du parcours à effectuer en pleine nuit noire tout seul avec ma frontale. Enfin, on verra bien.
A St Rome, je rejoins Philippe et Daniel avec qui je vais au café espérant trouver de quoi me restaurer avant d'attaquer la soirée et la longue remontée vers Roquefort où je sais qu'il n'y a pas de commerces.
Marie-Jeanne, Claudiane et Charles ont arrêté la course provisoirement pour passer la nuit dans le camping du village et mes compagnons et moi décidons après une longue pause d'une heure de repartir sur la route. Jean Benoît est venu nous rejoindre au café et nous informe de l'état des troupes : Gourdoda est passé en 2ème position derrière l'intouchable Vincent qui prépare la Badwater 2010, et certains commencent à avoir des difficultés à se ravitailler à cause de la chaleur de la journée. Ils ne peuvent plus s'alimenter et sont malades, comme Gilles par exemple.

Quand nous repartons, nous rattrapons Gilles qui a fait une pause de 3h pour essayer de reprendre des forces et quand il nous a vus, il était prêt à repartir.
La soirée n'est même pas fraîche, le soleil se couche, il y a un peu d'air, mais pas de quoi se rafraîchir.
Je retrouve ma bouteille N° 6 qui est tiède, mais j'ai encore assez d'eau donc j'en bois un peu et donne le reste à Christine, la soeur de Philippe pour qu'elle la garde pour éventuellement dépanner quelqu'un qui en aurait besoin.
Pour moi, c'est de plus en plus difficile, la marche ayant fait son travail de sape sur mes deux talons, j'ai même mal quand je cours et peu à peu je ressens des douleurs au bassin qui se réveillent en raison de ma foulée inhabituelle.

Dans ma tête, c'est un peu le chaos : vais-je avoir envie de poursuivre la route ? Vais-je profiter du passage à Roquefort (km 78,7)pour m'arrêter dormir sur un banc pour repartir plus tard moins fatigué ?

Avant d'arriver à Roquefort, il y a le village de Lauras à franchir et son giratoire où paissent des moutons (des faux, en métal chromé) : km 75,6 atteint en 13h50' environ soit à la moyenne effarante de 5,46km/h ! Nous avons mis 2h13 pour faire 12,2km mais si l'on ajoute l'heure d'arrêt pendant laquelle le chrono tournait quand même, ça donne une moyenne de moins de 4km/h. A ce rythme là, Sète ne sera même pas atteinte demain soir !
Il fait déjà nuit noire et la route recommence à monter.
Ma bouteille N° 7 se trouve sur une petite aire qui ressemble à un petit parking caillouteux et nous mettons à trois avec nos frontales pour rechercher la rubalise puis la bouteille que je finis par retrouver, tiède encore malgré la nuit.
Allez, encore deux bornes et nous arrivons à Roquefort dont nous apercevons l'éperon rocheux éclairé par des projecteurs.
Roquefort, km 78,7 en 14h28' et moyenne de 5,44km/h. On n'avance pas et la marche m'est de plus en plus pénible, douloureuse même, et les courtes portions de courses ne sont même plus agréables car mon sac à dos pèse encore trop lourd.
J'hésite longtemps avant de choisir entre repartir et affronter la nuit ou rester dormir sur un banc quelques heures, avec les lumières de la ville comme compagnes.

C'est décidé, je repars avec Philippe, Daniel ayant continué à avancer. Nous le retrouvons à la sortie du village; il nous attend car il ne veut pas affronter cette partie du parcours tout seul dans la nuit sombre. A plusieurs, on discute, le temps semble passer plus vite. Mais moi je n'arrive plus à suivre et je me décide peu à peu à terminer l'histoire en arrêtant les frais dès que possible.
Au km 84,7 là où la soeur de Philippe avait garé son véhicule pour l'attendre, je choisis l'option abandon sans trop de frais mais par sécurité. Combien de semaines mettrai-je pour récupérer si je persiste et aggrave mes blessures. Si encore les pieds n'avaient pas été blessés, j'aurais pu continuer en marchant, mais comme c'est la marche qui me les a abimés et que la course est devenue trop douloureuse, je n'ai pas d'autre issue.
A presque minuit, donc, je demande à monter dans la voiture et à abandonner.

Au total, j'aurai "couru" 15h48' pour une distance de 84,7km. Loin, très loin, trop loin de mes attentes. Je pensais pouvoir tenir le 7/7,5 km/h jusqu'à Lodève (km 131) que je voulais atteindre vers 2 h du matin.
C'est raté !

La suite de ma nuit (on est maintenant lundi 24/08) va consister à tenir compagnie à Christine qui va ravitailler son frère tous les 5km (donc toutes les heures) jusqu'à ce qu'on arrive à un endroit où je pourrai prendre un car ou un train pour retourner sur Sète récupérer ma voiture. J'en profite pour ramasser mes bouteilles au fur et à mesure que nous passons à côté d'elles jusqu'à un village où il y a une gare. Hélas, on est lundi et il n'y a pas de train les lundis des vacances. Donc je suis contraint de continuer jusqu'à Lodève. Cela ne me gène pas car j'encourage les gars, mais je suis crevé et j'aimerais tant prendre une bonne douche.
Les deux compères, Philippe et Daniel, vont s'arrêter dormir 4 heures dans un hameau éclairé, sur un petit parking privé, sur l'herbe, emmitouflés dans un duvet ou une couverture de survie. J'ai froid dans la voiture et je sors la mienne pour dormir aussi. Vers 6h, les gars se réveillent et repartent : nous allons les suivre jusqu'à Lodève où je pourrai prendre un car vers Montpellier puis un train pour Sète. C'est Pascale qui me renseigna par téléphone de l'existence de ces lignes et des horaires. Dans la matinée je reçois un coup de fil de Manue, l'amie de gourdoda, qui m'informe qu'il est incapable de continuer, n'arrivant plus à s'alimenter. Il est au km 150 et compte arrêter si ça ne va pas mieux.

Christine me dépose à Lodève à midi et j'ai le temps de manger quelque chose avant de prendre le car pour Montpellier puis le train pour Sète où j'arrive vers 15h. Je récupère ma voiture sur le parking longue durée de la gare, paie 24€ de frais de parking et pars vers le site d'arrivée de la Mil'Kil, sur le Panoramique des Pierres Blanches.
J'y retrouve JB et son équipe ainsi que ... Manue et Gourdoda qui a définitivement abandonné. Il dort sous un arbre, à l'ombre. Chut ! Faut pas le réveiller :wink:

Quelques petites bières après, gourdoda s'étant aussi réveillé, nous partons à la recherche d'un camping. J'en avais repéré deux sur Balaruc avant de partir de chez moi et après avoir tournicoté plusieurs minutes à la recherche du premier en vain, nous trouvons le second terrain, le Mas du Padre, où nous prenons un grand emplacement afin de placer nos deux tentes ainsi que les deux tentes de Gwen et sa petite famille. quand il sera arrivé. Là, il est encore à plus de 25km du but, ce qui fait 5 heures au moins pour s'installer et le voir arriver.

De retour aux Pierres Blanches, le site de l'arrivée, j'ai le plaisir de voir que Philippe B* est arrivé (en 3ème position) et nous discutons. Nous nous installons pour manger. Pas encore servi et voilà Gwen qui est annoncé : nous nous levons pour le voir arriver et le féliciter pour sa 4ème place. Ensuite, nous dînons et je dévore des brochettes de boeuf et de magret de canard, le tout arrosé de bière(s).

Bien fatigués, Gourdoda, Manue et moi décidons de rentrer au camping, mais un autre coureur est annoncé, alors nous l'attendons. Il s'agit de Yannick Dorlé dont j'avais fait la connaissance lors des 24 heures d'Aulnat en novembre 2008. Après l'avoir félicité lui aussi pour son exploit, nous allons enfin nous reposer car la fatigue commence vraiment à se faire sentir, surtout le manque de sommeil.


Mardi 25/08 : il faut rentrer.

Démontage de la tente puis retour sur le l'arrivée où je fais connaissance avec Alex forestieri, vainqueur de la Mil' Kil, arrivé vers 2h du matin et battant son propre record sur la distance en 8j 18h 03' 30". Je revois avec plaisir aussi Christian Efflam, second de la course en 8j 21h 16' 00". Gilbert Codet et Serge Girard sont annoncés dans trop longtemps pour que je puisse attendre leur arrivée, si bien que je reprends la route vers Rezé. Le temps de dire au revoir à tout le monde et je file vers Béziers...

Il est 14h30, je vais arriver vers 20h30 à Rezé.

Bilan du séjour:

1800km en voiture + 400km en transports en commun (train + car + taxi)

84,7km en "courant"

Coût total (transports + bouffe + hébergement + inscription) = 600€

C'est peut-être un peu cher, mais j'avais besoin de ce petit break où j'ai pu rencontrer des personnes avec qui je n'ai pas souvent le temps de discuter et de partager ces moments particuliers liés aux courses d'ultra.


à+Fab****

Suite à la question posée par un futur double circadien, concernant la façon de s'alimenter en course lors de 24 heures, mais ceci est aussi valable pour des grands raids de plusieurs heures, je lui ai répondu et je joins notre discussion :
Ses questions :
"Bonjour
bien que le ravitaillement est personnel, je voudrais avoir des bases pour l'alimentation pendant un 24 Heures
Solide ou pas et à quelle fréquence
Boire peu mais souvent ou tous les 1/2 heure mais en quantité + importante?
je vous remercie
."

Ma réponse :
"Sur un 24h, la longueur du parcours permet de passer à intervalles assez courts devant la table de ravitaillement (de l'ordre de 10' à 15' voire 20' selon les différences de longueurs et les changements de vitesse liés à la baisse de la cadence).
Donc, tu peux compter sur une prise de boisson à chaque tour : eau plate, eau gazeuse, boissons énergétiques, coca ou autres boissons hypersucrées, thé, café...
Tu peux ajouter à ces boissons la soupe qu'on peut te proposer surtout quand la nuit s'est installée et que le froid arrive (ou au moins la sensation de se refroidir).

Pour l'alimentation solide, certains attendent d'avoir faim avant de commencer à manger. Pour ma part, je commence à manger dès la première heure : banane et/ou barre de céréale et/ou chocos vanille et/ou compote en sachet (facile à manger) et/ou gâteaux de semoule ou de riz...
Vient ensuite, et ça dépend des personnes, le moment où plus rien de sucré ne passe, alors je prends de la purée dans laquelle je demande d'ajouter (s'il y en a) du gruyère râpé; on peut préférer ajouter des morceaux de jambon ou grignoter des gâteaux à apéritif tout en dégustant sa purée.

La fréquence de la prise de boissons est, comme je l'ai dit, variable selon les individus, mais au moins une fois par demi-heure est un minimum. Je cours avec une petite bouteille (25 ou 33cl) à la main qui me sert à effectuer plusieurs tours sans devoir stopper net aux ravitos. Avant la course, j'avais préparé une douzaine de bouteilles qui devaient m'assurer mon ravito personnel des 6 premières heures. Je bois environ 3 quarts de litre à 1 litre à l'heure.

La féquence de l'alimentation plus solide, dans laquelle je compte les potages, est moindre. Si le temps d'attente de la préparation et du service est de plus de 5', tu passes ta commande et le tour suivant tu la récupères et la dégustes en marchant. Si la soupe ou la purée sont déjà prêtes, tu récupères le temps qu'on te la serve, tu discutes avec les bénévoles (ça redonne un coup de fouet moral en pleine nuit) et tu repars sans avoir perdu trop de temps. Si tu as prévu tes propres aliments (gâteaux, fruits, riz, etc...) la prise de solide peut se faire une fois par heure si tu ne te goinfres pas à chaque fois et ton organisme aura toujours assez de carburant pour t'emmener plus loin. La nuit, avec la fatigue, la sensation de faim peut être plus grande et tu peux grignoter un petit truc toutes les 15/20'.

J'essaie toujours de me ravitailler de manière régulière :
- en boisson tous les deux tours (à Rennes par exemple dont le tour faisait 1827m), tous les trois tours (à Séné ou à Aulnat où le tour était de 1300m environ);
- en solide tous les 4 à 6 tours.
C'est comme si je me fixais des étapes à atteindre et j'essaie de ne pas me laisser tenter avant d'avoir fait le nombre de tours fixé.

Voilà ce que je peux te dire sur ma façon de procéder.
Tous les coureurs sont différents, tu auras d'autres recettes, le conseil qu'on pourrait te donner est de faire des tests et de ne pas attendre le jour J pour te rendre compte que tu t'es trompé dans ton alimentation
."

à+Fab****
Pour mon 3ème 24 heures en 8 mois, avec une Transe Gaule, deux marathons et un gros volume d'entraînement effectués dans ce même laps de temps, je m'attendais à faire un peu mieux au niveau kilométrage, mais en ultra tout le monde sait qu'on n'est sûr de rien et que certaines certitudes peuvent être des leurres.
Il y a bien la TransEurope, qui démarrera dans 4 semaines maintenant, qui aurait pu me servir d'excuse, mais j'avais prévu 3 niveaux d'objectifs et seul le premier a été atteint.
1er niveau : faire au moins 175km; ça, c'était pour me donner un ordre de grandeur et quelques "pitons" pour m'accrocher en cas de "dévissage".
2ème niveau : améliorer mon record (191km), distance à priori pas très éloignée de mon potentiel actuel estimé.
3ème niveau : 200km, certes ambitieux, et sans doute un peu prétentieux aussi.

J'avoue que j'ai un peu "dévissé" pour rester dans la métaphore montagneuse.

L'avant-course.

Revenons d'abord sur ce week-end rennais où je fus hébergé chez ma soeur qui y réside depuis septembre 2008.
Petite soirée cool en famille donc, la veille de la course, avec un repas de lasagnes arrosées d'un peu de vin rouge mais pas trop pour ne rien regretter au réveil le lendemain.
La nuit fut classique comme dans ces veilles d'épreuves de longues distances à ceci près que je n'ai pas dormi dans un gymnase et donc que je n'ai pas été gêné par les ronflements des autres coureurs. De plus, le lit était bien moëlleux et plus confortable qu'un matelas de camping à même le sol dans un gymnase.
Le petit matin commençait à poindre quand je décidai de me lever (7h), et après un petit-déjeuner frugal (pain grillé et café au lait) je me préparai. La tenue choisie était constituée d'un short, d'un T-shirt "Techfit Adidas, clima365" moulant et empêchant les frottements, par dessus lequel je mis un de mes T-Shirt Salomon offerts par mon sponsor. Aux pieds, mes Nike Air Equalon+2 allaient devoir assurer les 8 premières heures. Je préparai aussi les zones à risques de brûlures : crèmes sur les pieds et aux endroits exposés, pansements protecteurs à divers endroits bien connus des "services de soins d'après ultra".

Une fois en tenue je me rendis au complexe sportif où avait lieu la course.
Première étape : se renseigner afin de savoir où je pourrais mettre mon véhicule pour qu'il soit accessible à tout moment pendant les 24h. L'organisation m'indiqua une zone où je me garai. Impeccable, en plein sur le parcours, je pourrai donc changer de tenue à tout moment sans avoir à cavaler pour retrouver ma voiture.
J'avais préparé des sacs et des boîtes à chaussures tous marqués selon l'heure et l'utilité.
Sac et boîte N° 1 intitulés "départ" : vides ! Normal, j'avais déjà enfilé ce qu'ils contenaient.
Sac et boîte N°2 intitulés "H+8 à H+12, configuration nuit fraîche" : une paire de Mizuno Alchemy 7 (la N°2 de ma collection), un collant, un T-shirt de rechange, un sweat, un coupe-vent, des chaussettes, un bonnet, un buff, des crèmes...
Sac et boîte N°3 intitulés "Rechange H+16 à H+18" : même contenu mis à part les runnings (Mizuno Alchemy 7 (la N°3 de ma collection);
Sac et boîte N°4 intitulés "rechange à tout moment" où j'avais mis d'autres T-shirts, sweat-shirts, shorts, chaussettes ... dans le cas où, ainsi qu'une 4ème paire de running (Mizuno Alchemy 6, la N°4 de ma collection).
J'avais emporté aussi mon fauteuil de camping pour me changer en m'asseyant, l'éternel calendrier grand format pour poser ses pieds par terre et pas sur le bitume (ceux qui font des cross me comprendront), ma glacière qui sera mise sur le site de ravitaillement avec ma caisse plastique de nourriture et boissons personnelles.

Seconde étape : le retrait des dossards. Il me permit de visiter la salle de sport où se déroulent des matches de volley de Nationale 1 (avec le REC). Elle est gigantesque et possède de nombreux vestaires et autres locaux (sanitaires, secourisme...)
Les deux heures précédant le départ furent consacrées à mon installation, donc, ainsi qu'à la rencontre de beaucoup de coureurs ou personnes gravitant autour de l'ultra. On a discuté, on s'est pris en photos, enfin, rien de bien différent de ce qui se passe avant ce type de course.
Troisième étape : disposition de mes affaires personnelles destinées à mon propre ravitaillement sur une table située juste en face de la "case" qui m'était attribuée par l'organisation : je n'aurais donc aucun effort supplémentaire à faire pour me ravitailler, juste à choisir entre mon propre ravitaillement ou celui fourni par l'organisation.

La course.
Le départ a été donné à 10 heures précises sur la piste que nous devions emprunter dans le sens inverse à l'habitude sur 350m avant d'entrer dans le "tunnel" de pointage et de ravitaillement au sortir duquel nous arrivions sur le parking où ma voiture était stationnée, puis après une chicane assez large devant la piscine et son secteur pavé (sur 10m !) nous sortions du complexe pour emprunter un trottoir bitumé en descente d'environ 250m suivi d'un virage à gauche où commençait la partie revêtement en terre, avec quelques racines et petites pierres, qui montait légèrement sur ses 400m environ de longueur et dont la fin en courbe voyait la pente s'inflêchir encore un peu (sur 100m) plus avant de revenir sur du bon vieux bitume comme je l'aime. Les 300m environ de ce boulevard, qui était bien exposé au vent qu'on a eu de face une grande partie de la course (surtout la nuit), se terminait par un nouveau virage à gauche qui nous ramenait vers l'entrée annexe du stade et nous faisait descendre sur une petite pente très abrupte nous conduisant sur la piste que nous devions emprunter à nouveau. La longueur du tour était de 1827,53m.
Mon départ fut prudent comme à mon habitude, et je m'étais donné quelques tours pour faire connaissance avec le parcours et avec le système de pointage et d'information du classement de chaque coureur avant de passer en mode "vitesse de croisière".

Bien sûr nous sommes tous différents face à la gestion mentale et physique d'une telle course, et ce qui me permet de réussir (à mon niveau) de terminer et de relativement bien figurer tient au fait que je suis sans cesse en train de calculer : temps au tour, moyenne horaire, place, évolution selon différents scénarios... Donc, avec ces petits jeux de calculs quasi permanents, je n'ai pas de mal à rester concentré sur ma course, malgré les petites blagues qu'on peut me faire de temps à autres quand certains s'amusent à me chambrer.
Comme mon Polar n'enregistre que 99 temps de passage et que j'avais prévu de dépasser les 100 tours de circuit, j'ai commencé par prendre les temps de passage aux 3è, 6è, 8è et de deux en deux jusqu'au 20ème tour à partir duquel je pouvais enregistrer mes temps de passage à chaque tour. A chaque passage sur le tapis d'enregistrement on pouvait connaître son classement, son kilométrage et le temps écoulé depuis le départ. Mais pour mon analyse d'après course, j'avais besoin d'avoir des données personnelles plus précises (FC enregistrée toutes les 15 secondes, avec pour chaque tour la FC moyenne, maximale, minimale.). De plus, le classement donné toutes les heures ne comptabilisait que les tours complets effectués avant l'heure, ce qui donnait l'impression de faire du yoyo tandis que le rythme était régulier.

Dans le tableau ci-dessous, j'ai tous les enregistrements de mon cardio  : les différentes couleurs correspondent à des "périodes" plus ou moins rapides. (NB : les tours indiqués sont, en fait, les enregistrements de mon cardio aux 3è, 6è, 8è tours et de deux en deux jusqu'au 20ème tour, puis après à chaque tour. Le kilométrage de chaque "tour" est indiqué ainsi que la cadence au km).
Le vert des 3 premières heures et demie constituent la mise en route, le réglage de l'allure de croisière, l'apprentissage du circuit, la mise en condition progressive du corps et de l'esprit dans la compétition.
 Le violet qui suit traduit une baisse de la vitesse initiale afin d'effectuer un recadrage de la FC qui ne voulait pas se rester dans la fourchette que j'avais prévue (moins de 130 de FC moy et pas de FC supérieure à 140). Cela m'a pris entre 4 et 5 heures avant de redecendre à des valeurs. Il faut dire aussi que cela correspondait à la partie de course commune avec les coureurs du 6 heures et que parfois j'accélérais légèrement pour discuter avec les copains.
Une fois la course des 6 heures terminée, c'est la couleur orange, il était 18 heures passées et  j'ai commencé à réfléchir à la conduite à tenir lors des heures suivantes. Le temps avait fraîchi mais je n'avais pas envie de m'arrêter tout de suite pour enfiler ma tenue "configuration nuit fraîche" de ma boîte N°2. Je souhaitais continuer de courir tant que le physique était encore bon. Un premier long ravitaillement à 18h30 avec de la soupe chaude me fit "perdre" quelques minutes et je me refroidis un peu. C'est pour cela que dans l'heure suivante je décidai de changer de tenue pour enfiler un collant, changer de chaussures et compléter l'équipement par un bonnet, un coupe-vent et des gants. Ma moyenne avit chuté parce que je n'avais fait que 3 tours (5483m) en une heure. Mais je pouvais repartir de plus belle et me fixer les prochaines étapes (après 12h, 14h et 16h de course). J'étais en "mode concentration totale" avec la radio de mon portable pour écouter les matches de foot. Puis de 23h à 2 ou 3h du matin, j'ai mis le "pilote automatique", ce qui ne fut pas facile car les coureurs du 12 heures qui étaient "tout neufs" n'en finissaient pas de me doubler. Mais comme j'en connaissais certains, j'ai aussi pu bavarder un peu au gré des dépassements.
Vers 2 ou 3 heures du matin, j'ai eu un gros coup de pompe : une envie de dormir qui me faisait somnoler en courant. C'est le début de la partie rouge. Comme le vent froid me glaçait et que ma vitesse de course n'était pas assez rapide pour me réchauffer, je fis plusieurs "longs" arrêts pour me ravitailler et me redonner l'envie de m'accrocher. Mais la présence à portée de running de la salle chauffée et des lits de camp était trop tentante. J'ai su résister un temps, mais j'ai quand même décidé à ce moment de la course d'aller m'allonger, ne serait-ce qu'un quart d'heure au bout duquel je repartirais en pleine forme. Oui, mais en réalité, j'avais peur de trop dormir et de ne pas pouvoir me réveiller. Donc mon repos n'excéda pas à chaque fois les 10 minutes auxquelles il faut ajouter les tergiversations ("J'y vais ? J'y vais pas ?). Tant et si bien qu'à la reprise de la course, le mal était fait : les jambes lourdes, le froid plus mordant, il me fallut plusieurs hectomètres pour me relancer. J'ai effectué pendant ces 4 heures 6 longs arrêts. Du coup, je n'étais plus dans les temps de mon objectif N°2, le N°3 étant passé à la trappe depuis plusieurs heures déjà.
Pour sauver les meubles, je me décidais de reprendre la course et d'atteindre le quadruple marathon puis pourquoi pas les 170km. Les 175 me semblaient hors de portée vu toutes les minutes que j'avais perdues à essayer de retouver toute ma lucidité. Je pris donc un café en espérant me réveiller pour de bon. Cette dernière partie (en bleu) dura environ 3 heures pendant lesquelles j'alignais les kilomètres. Le jour commençait à se lever, malgré un petit brouillard tenace, et le vent faiblissait. A près de 9km/h de moyenne j'ai réussi à atteindre mon objectif "minimal" de 175km et j'ai même poussé un peu plus pour essayer de gagner des places. Sur le parcours, en quelques heures ça s'était repeuplé : ceux qui étaient allés dormir s'étaient remis sur le circuit afin de valider leur course, beaucoup d'entre-eux marchaient. quelques autres retrouvaient une certaine fraîcheur et essayaient de grapiller les kilomètres pour pousser leur score un peu plus haut.

Je finis 15ème, avec 177,074 km, ce n'est pas le plus important, mais ce que je retiendrai le plus de ces 24 heures c'est :
- l'envie de dormir qui s'est abattue sur moi en pleine nuit alors que j'avais fait le plein de sommeil les jours précédant la course;
- l'engourdissement progressif physique et mental à cause du froid amplifié par le vent;
- la combativité retrouvée lors des 3 dernières heures qui m'a permis de me rassurer et de finir sur une note positive.

Le tableau :

Relevés Polar des 24 heures de Rennes 2009.
 

Tour     Temps      Tps/tour    FC fin       Max     Moy     Min      Dist      min/km

1.         0:36:26.7         0:36:26.7         118      127      114      92        5828    6:18    

2.         1:11:23.3         0:34:56.6         118      136      119      97        5483    6:22    

3.         1:34:45.0         0:23:21.7         124      135      124      107      3655    6:23    

4.         1:57:08.7         0:22:23.7         130      138      129      117      3655    6:07    

5.         2:20:44.2         0:23:35.5         133      150      132      116      3655    6:27    

6.         2:44:42.2         0:23:58.0         133      149      132      117      3655    6:33    

7.         3:08:38.1         0:23:55.9         136      143      135      115      3655    6:32    

8.         3:33:08.2         0:24:30.1         137      143      136      119      3655    6:42    


9.         4:00:45.1         0:27:36.9         139      150      134      87        3655    7:33    

10.       4:13:33.1         0:12:48.0         134      154      136      115      1827    7:00    

11.       4:27:12.3         0:13:39.2         139      151      136      107      1828    7:28    

12.       4:39:23.8         0:12:11.5         135      145      139      125      1827    6:40    

13.       4:52:44.1         0:13:20.3         131      142      134      125      1828    7:17    

14.       5:06:07.7         0:13:23.6         133      142      132      107      1827    7:19    

15.       5:18:42.3         0:12:34.6         134      138      133      127      1828    6:52    

16.       5:31:38.3         0:12:56.0         129      137      131      123      1827    7:04    

17.       5:44:46.4         0:13:08.1         133      142      131      124      1828    7:11    

18.       5:57:38.5         0:12:52.1         135      139      133      125      1827    7:02    

19.       6:11:36.0         0:13:57.5         135      141      133      113      1828    7:38    

20.       6:24:52.0         0:13:16.0         136      143      133      108      1827    7:15    

21.       6:38:06.5         0:13:14.5         128      136      131      126      1828    7:14    

22.       6:53:00.7         0:14:54.2         129      135      127      108      1827    8:09    

23.       7:06:39.1         0:13:38.4         128      132      126      117      1828    7:27    

24.       7:20:11.2         0:13:32.1         131      136      128      117      1827    7:24    

25.       7:35:24.8         0:15:13.6         131      139      128      105      1828    8:19    

26.       7:48:49.6         0:13:24.8         128      134      127      116      1827    7:20    

27.       8:01:38.9         0:12:49.3         127      139      130      120      1828    7:00    

28.       8:16:01.7         0:14:22.8         122      134      125      113      1827    7:52    


29.       8:37:12.9         0:21:11.2         121      128      110      78        1828    11:35  

30.       8:52:02.4         0:14:49.5         123      129      120      100      1827    8:06    

31.       9:18:44.6         0:26:42.2         123      129      106      75        1828    14:36  

32.       9:31:24.5         0:12:39.9         129      131      126      121      1827    6:55    

33.       9:44:32.9         0:13:08.4         123      131      126      122      1828    7:11    

34.       9:58:51.6         0:14:18.7         119      125      118      101      1827    7:50    

35.       10:13:55.0       0:15:03.4         116      124      115      97        1828    8:14    

36.       10:30:24.0       0:16:29.0         119      119      109      89        1827    9:01    

37.       10:45:28.0       0:15:04.0         117      121      115      97        1828    8:14    

38.       11:01:44.0       0:16:16.0         111      122      113      90        1827    8:54    

39.       11:18:26.0       0:16:42.0         112      115      108      90        1828    9:08    

40.       11:34:45.0       0:16:19.0         109      115      107      83        1827    8:55    

41.       11:51:18.0       0:16:33.0         108      116      106      86        1828    9:03    

42.       12:13:10.0       0:21:52.0         114      115      98        79        1827    11:58  

43.       12:27:51.0       0:14:41.0         108      115      110      103      1828    8:01    

44.       12:44:20.0       0:16:29.0         108      113      104      87        1827    9:01    

45.       13:06:47.0       0:22:27.0         106      111      95        70        1828    12:16  

46.       13:20:35.0       0:13:48.0         110      113      107      103      1827    7:33    

47.       13:37:05.0       0:16:30.0         110      113      104      86        1828    9:01    

48.       13:51:35.0       0:14:30.0         112      112      107      97        1827    7:56    

49.       14:08:07.0       0:16:32.0         108      112      103      86        1828    9:02    

50.       14:22:52.0       0:14:45.0         108      111      104      90        1827    8:04    

51.       14:39:43.0       0:16:51.0         110      111      100      84        1828    9:13    

52.       14:54:52.0       0:15:09.0         107      113      105      86        1827    8:17    

53.       15:09:15.0       0:14:23.0         97        119      105      86        1828    7:52    

54.       15:22:25.0       0:13:10.0         115      123      110      91        1827    7:12    

55.       15:34:48.0       0:12:23.0         114      120      113      105      1828    6:46    

56.       15:48:40.0       0:13:52.0         112      118      109      95        1827    7:35    

57.       16:00:32.0       0:11:52.0         120      122      117      112      1828    6:29    

58.       16:16:04.0       0:15:32.0         112      117      108      88        1827    8:30    

59.       16:31:20.0       0:15:16.0         89        113      103      89        1828    8:21    

60.       16:59:15.0       0:27:55.0         102      104      87        65        1827    15:16  

61.       17:16:56.0       0:17:41.0         82        106      94        80        1828    9:40    

62.       17:47:55.0       0:30:59.0         100      105      80        50        1827    16:57  

63.       18:04:18.0       0:16:23.0         103      108      100      80        1828    8:57    

64.       18:29:44.0       0:25:26.0         93        102      84        67        1827    13:55  

65.       18:47:46.0       0:18:02.0         74        104      93        57        1828    9:51    

66.       19:03:56.0       0:16:10.0         104      106      97        74        1827    8:50    

67.       19:19:28.0       0:15:32.0         105      110      100      82        1828    8:29    

68.       19:35:24.0       0:15:56.0         85        105      97        84        1827    8:43    

69.       19:55:53.0       0:20:29.0         93        104      89        66        1828    11:12  

70.       20:24:22.0       0:28:29.0         91        102      80        49        1827    15:35  

71.       20:47:29.0       0:23:07.0         98        103      86        62        1828    12:38  


72.       21:04:23.0       0:16:54.0         106      109      95        69        1827    9:15    

73.       21:16:28.0       0:12:05.0         112      116      110      105      1828    6:36    

74.       21:28:26.0       0:11:58.0         116      129      115      109      1827    6:33    

75.       21:40:40.0       0:12:14.0         113      123      115      110      1828    6:41    

76.       21:53:20.0       0:12:40.0         116      120      113      104      1827    6:56    

77.       22:08:48.0       0:15:28.0         87        119      107      85        1828    8:27    

78.       22:22:09.0       0:13:21.0         111      114      106      88        1827    7:18    

79.       22:35:58.0       0:13:49.0         116      117      108      83        1828    7:33    

80.       22:49:37.0       0:13:39.0         95        118      110      94        1827    7:28    

81.       23:02:18.0       0:12:41.0         114      118      112      95        1828    6:56    

82.       23:15:20.0       0:13:02.0         121      122      113      88        1827    7:08    

83.       23:27:35.0       0:12:15.0         120      124      119      116      1828    6:42    

84.       23:40:10.0       0:12:35.0         129      131      120      114      1827    6:53    

85.       23:52:04.0       0:11:54.0         125      131      125      118      1828    6:30    

86.       24:00:00.0       0:07:56.0         129      133      129      126      1286    6:10    


à+Fab****

Deux jours après ces 24 heures, je viens de rentrer de mon footing de récupération (54' pour 8,7km sans aucune douleur si ce n'est les restes des échauffements sous les bras et sur la poitrine) et je me mets donc à la tâche : rédiger mon CR.

Je passerai sur toutes les heures qui ont précédé le départ, j'ajouterai peut-être plus tard un chapitre à ce sujet.

Donc par une matinée ensoleillée et à peine fraîche, je me rends sur le site du départ où la plupart des coureurs sont déjà agglutinés. Pas besoin d'essayer d'être devant, je ne suis même pas allé reconnaître le parcours, je vais le découvrir au fil de ce premier tour. Ah ! si, j'oubliais que je l'avais vu par l'intermédiaire des photos du blog des 24 heures d'Aulnat et je m'étais amusé à refaire le trajet sur Googgle Earth. C'est ici ! . Mais en vrai, c'est quand même plus parlant.

11 heures, le top départ est donné et nous passons sous le portique afin d'"initialiser" notre dossard-puce. Suit un virage à droite toujours sur du bitume et après 100m de route bitumée, on rentre sur un stade où nous allons courir pendant plus de 450m sur de la terre plus ou moins sableuse ou parsemée de gravillons puis après un intermède de 30m en virage sur de la route, retour du revêtement terre-gravillons sur plus de 400m. J'ai bien fait de mettre mes guêtres, même si le look n'est pas fabuleux, ça me fera des arrêts en moins. Au sortir de ces parties non bitumées, on tourne une dernière fois, à gauche ce coup-ci, pour retrouver de la bonne route sur à peu près 300m (ceux qui vont me manquer dans le dernier tour) et rejoindre le portique compte-tour précédé des tables de ravitaillement.
Au total, le tour mesure 1194m et quand j'aperçois sur le tableau lumineux mon N° et ma place ainsi que la distance parcourue, je me dis que c'est chouette, je vais savoir où j'en suis à chaque tour.
Bon pour ce premier tour, je ne me souviens plus trop, je dois être 70ème environ sur plus de 100 partants auxquels il faut ajouter les équipes des relais, mais ma vitesse est de l'ordre de 10km/h ce qui est trop rapide pour mes prévisions : ça va se tasser d'ici quelques tours.

J'ai décidé d'enregistrer les temps tous les 4 tours et au premier pointage perso, je vois que j'ai mis 29'16" pour les faire, puis 29'42" pour les 4 suivants. Ma Fc moyenne est un peu haute, 129 avec un maxi à 139, mais ça doit être "normal". Au bout de la 1ère heure, je pointe à la 44ème place avec 9,552km, mais ne sont comptés que les tours complets, ici, 8.

Ma stratégie de ravitaillement est toute simple : je cours avec ma petite bouteille de 33cl à la main (fixée avec mon système D breveté par moi-même); j'y ai mis 3 sucres bruns (des cubes). Au total, j'en consommerai 75, soit 25 petites bouteilles de 33cl. Je me suis habillé avec le t-shirt bleu du marathon de Nantes sur lequel j'ai passé mon débardeur AE, blanc et bleu (faut bien, pour une fois que je vais dans la région d'où les administrateurs du site AE sont originaires) et j'ai choisi l'option short. Les runnings sont mes Mizuno Alchemy 7. J'ai quand même pris mon buff et mes gants. Le dossard est fixé à une ceinture amovible qui me fera gagner du temps en cas de changement de tenue, mais qui ne m'épargnera pas les brûlures auxquelles je n'avais pas pensé au moment du choix de la manière de le porter.
La course continue, des coureurs me dépassent (ceux qui me prennent un tour et surtout les relayeurs qui foncent comme de véritables mobylettes), j'en dépasse aussi, ne manquant pas d'encourager ceux que je connais et même les autres d'ailleurs.

2ème heure terminée, 17,910km, 15 tours entiers, 42ème position, (en réalité j'ai fini mon 16ème tour en 2h00'35", donc ma moyenne est de 9,5km/h, un peu haute, mais j'ai de bonnes sensations et il fait beau, alors j'en profite). J'ai fait mon premier arrêt ravitaillement pour manger quelque chose et cela m'a pris deux à trois minutes.

La 3ème heure fut marquée par un petit coup de moins bien, le coeur qui s'emballe et qui m'oblige à m'arrêter. C'est fréquent et ça passe au bout de quelques instants, voire de quelques minutes. Là, j'en ai profité pour m'asseoir et prendre le temps de manger  et au total, je n'ai rien perdu ou presque sur ma stratégie. 27,462km et 23 tours complets, 48ème position (le passage du 24ème en 3h03'03", soit encore à plus de 9,5 de moyenne depuis le départ).
Les heures suivantes vont défiler, la cadence va se maintenir à 7 tours à l'heure (8,358km/h).
4ème heure = 37,014km, (42ème place) mon passage au marathon est approximativement réalisé en 4h33'.
5ème heure = 45,372km (39ème place).
6ème heure et moment du premier bilan : 53,730km, 45 tours complets, mais le 46ème fut bouclé en 6h01'22", soit 54,924km et donc encore à plus de 9 de moyenne générale.(36ème place).
Miaou est venue me faire une petite visite, ce qui m'a fait très plaisir. Je n'ai pas eu le temps de m'arrêter trop longtemps, hélas, mais j'avais trouvé un tempo régulier. En tout cas j'ai été ravi de faire sa connaissance.

La 7ème heure = 62,088km (32ème place) puis vient le moment où une nouvelle tachycardie apparaît. j'ai déjà couru 7h30', et là je dois m'arrêter, le coeur étant monté à 180bpm. Je sais gérer ces moments, mais là, il a duré un peu plus longtemps qu'à "l'habitude" : 22' où j'ai quand même réussi à changer de tenue, à manger et à m'allonger un peu. Ce 56ème tour fut effectué en 33'12".
Le passage de la 8ème heure avec 66,864km m'apprend que j'ai perdu 7 places (39ème position), mais je suis reparti tout neuf, avec une tenue appropriée pour la nuit qui est déjà installée depuis un bon moment : collant + t-shirt + maillot à manches longues (gagné il y a peu au marathon de Vannes), bonnet plus épais, gants, buff sec + ma paire de Mizuno Alchemy 6 (N°4) qui avait déjà fait une partie des 24h Séné et certaines des étapes de la Transe Gaule.

9ème heure : 75,222km, 37ème place, le tempo a repris aux alentours de 8km/h. J'ai pris le baladeur, la soirée de championnat de foot va me distraire un peu, surtout que nous tournons depuis longtemps autour de terrains où se jouent aussi des matchs de jeunes au début puis de seniors par la suite. Les projecteurs vont rester allumés toute la nuit ce qui avec l'éclairage de la ville va nous permettre d'être constamment comme en plein jour et de bien voir et anticiper les cailloux et autres bosselettes présentes sur les chemins.

10ème heure, 82,386km, 69 tours de bouclés, 36ème position. Mon rythme de croisière me permet d'espérer franchir les 100km vers 12h10/12h20 de course, ce qui serait plus lent qu'à Séné, mais les 22' de perdues plus tôt dans la journée m'ont bien plombé la moyenne. Sans objectif réel au départ, je suis devenu gourmand au fil des premières heures et souhaitais alors faire mieux qu'en Bretagne cet été (100ème en moins de 12h).

11ème heure, 90,744km, 76 tours complets effectués, 33ème place. Rien à signaler sinon que je goûte avec plaisir la potion magique distillée par les gentils bénévoles : un gobelet de bonne soupe chaude tous les 3 tours va me réchauffer et m'alimenter car depuis quelques heures, l'appétit n'est plus là en ce qui concerne les barres de céréales et autres riz ou semoule au caramel. Pendant les premières heures, j'ai grignoté des chocos à la vanille, mais même eux ne passent plus à cette heure. De temps à autres, j'ajoute à la prise de la soupe des morceaux de fromage et de jambon, mais je me force aussi à les avaler. J'avais apporté des bananes que je prends plaisir à manger lors de cette partie de la course où la situation va se décanter : la mi-course se fait proche, nombreux sont les coureurs qui vont faire une halte, certains optant pour un court sommeil de quelques minutes à plusieurs heures.

Pour moi, tout va bien : pas d'envie de dormir, pas de douleurs insupportables, justes celles inhérentes aux nombreux km déjà parcourus.
Quand vient la 12ème heure, je vois que je n'ai fait que 97,908km, (en réalité, je passe mon 83ème tour, soit 99,102km en 12h04'36") et que je suis 31ème. Dans deux tours, j'aurai franchir les 100 premiers km. En fait, je vais passer mon 84ème tour en 12h16'23" (pour 100,296km) puis je vais me mettre en "mode nuit", c'est à dire avec le baladeur branché sur de la musique, celle qui m'a accompagné lors des étapes de la Transe Gaule quand le besoin de s'isoler se faisait sentir.

13ème heure, 106,266km, 29ème position, puis les autres heures vont défiler.
14ème heure, 113,430km, 27ème. Le vent s'est levé et va faire son travail de sape d'abord sur le rythme de chaque coureur puis sur le moral des moins "costauds" qui vont en profiter pour faire des pauses plus longues.
15ème heure, 120,594km, 25ème. Pour moi, tout baigne. J'ai mal ? Oui, quand même, mais j'ai connu pire et je sais ce qu'il faut endurer et que dans les prochains jours ça sera oublié. De toute façon, pour la TransEurope de 2009, il faudra que je "morde dans le bâton" et ne pas m'arrêter au moindre petit soucis. Je pense que ces courses de 24h ajoutées à la Transe Gaule me seront très utiles au printemps quand il faudra traverser l'Italie puis l'Autriche, l'Allemagne et la Suède afin d'atteindre la Norvège via la Finlande. Toutes ces pensées me traversent l'esprit et m'aident à avancer. Parfois, me prend une de ces envies de dormir ! Il ne faut pas sombrer dans la facilité d'aller s'allonger quelques minutes car le risque d'endormissement est grand dans le gymnase chauffé et douillet.
16ème heure, 128,952km, 17ème... c'est l'hécatombe devant ou c'est moi qui ai des ailes ???
17ème heure atteinte avec 134,922km. Je suis passé en 4 heures de la 29ème à la 16ème place.
Je franchis la 18ème heure avec 143,280km au compteur, toujours en 16ème position.

Plus que 6 heures ! Les calculs rapides me font estimer une fourchette de 42 à 45km à parcourir, donc un kilométrage final autour de 185km, voire 188. Pour les 191 de Séné, il va falloir que je m'accroche, mais cela en vaut-il la peine ? Passons déjà les heures les unes après les autres et on verra à la fin ce que ça donnera.

Je sais que certains se sont arrêtés, d'où ma progression au classement et je me doute que ce n'est pas fini, car très peu de coureurs me dépassent : seuls les premiers me prennent un tour de temps en temps, quoique certains commencent un peu à fléchir; d'autres se sont mis à marcher de plus en plus longtemps et je vois bien que certains de devant ne sont pas inaccessibles. C'est ce qui va renforcer ma motivation pour continuer de m'accrocher et de garder le rythme. ce qu'il y a de sympa lors de courses de 24h, c'est qu'à chaque fois qu'on double ou qu'on se fait doubler, on glisse un petit mot d'encouragement. On connaît presque tous les prénoms et on se voit régulièrement : je pense à Chantal, Vincent, Momo, Emmanuel, Bruno, Willy, Eric, Robert, Gilles, Alain le Millepattes, Nelly, Bernard, Jean-Pierre, Gilbert, Lolo, Isabelle, Yannick... (mille excuses à ceux que je n'ai pas cité, et mille merci à tous pour leurs encouragements réciproques).

19ème heure, 150,444km, 14ème. Prochaine étape : le quadruple marathon (168km).
Le jour commence à se lever et avec les projecteurs encore allumés, ça donne une drôle d'impression, comme si le soleil était déjà de la partie. Le Puy de Dôme, à l'horizon, que j'avais admiré hier au fil des heures qui lui faisait changer de teinte, apparaît coiffé d'une étoffe nuageuse faisant craindre la pluie pour cette matinée. Heureusement il n'en sera rien. De l'eau ? Nous en avons eu hier soir vers 20h, mais nous n'avons pas eu le temps d'en subir les conséquences qu'elle s'était déjà arrêtée de tomber. Il n'y a que le vent pour faire dire que les conditions n'ont pas été optimales, mais on ne va pas se plaindre, elles ont été et restent quand même excellentes.
20ème heure, 157,608km, 13ème. A chaque heure je gagne une place et je me prends à rêver d'une place dans les 10. Prétentieux ? Je ne sais pas, mais pourquoi ne pas penser que certains de devant ralentissent car n'ayant plus d'objectif particulier ?
21ème heure, 164,772km, mais le 139ème tour, soit 165,966km est passé en 21h01'26": j'ai encore progressé d'un rang : 12ème. Le Quadruple marathon est en vue ! Objectif suivant : 175km.
22ème heure, 173,130km, 12ème. Le vent m'a bien usé, ça devient difficile, presque tous les coureurs marchent sauf quelques fusées (les relayeurs) et le parcours s'est peu à peu densifié car beaucoup de ceux qui se sont arrêtés repartent afin de finir leur 24h. Ils sont frais, ou semblent l'être à la suite de quelques heures de sommeil. Le 175ème km est avalé après 22h10' de course. Cela va être dur d'atteindre les 190.
23ème heure, 181,488km, 10ème, plus qu'une heure ! Je continue d'avancer et de m'alimenter un tour sur trois avec cette bonne soupe qui réchauffe et qui m'a empêché de connaître des soucis de digestion. Peu à peu, le compte à rebours nous rapproche du terme de ces 24h. Que puis-je espérer d'autre que de conserver ma 10ème place ? La 9ème est trop lointaine et je n'ai plus envie de me faire mal pour aller chercher ce qui ne changera en rien mon existence. 2 tours de retard sur les 8ème et 9ème, ce n'est pas jouable, sauf s'ils s'arrêtent, mais à les voir, ils ne caleront pas, surtout la 1ère féminine (Jacqueline).
Une minute avant la 24ème heure, un signal retentit pour prévenir de l'iminence de la fin de course. Depuis mon dernier passage sur la ligne de départ j'ai accéléré puis voyant que je ne pourrai plus garder ce rytmme je ralentis en me fixant un point de repère et puis c'est le décompte final 10,9,8,7,6,5,4,3,2,1 stop!
Je m'arrête juste au début de la partie bitumée (là où Miaou m'avait pris en photo) et une personne de l'organisation vient déposer un petit carton avec mon N° de dossard afin de procéder au mesurage de la distance effectuée dans ce dernier tour et qui viendra s'ajouter aux 159 tours complets déjà effectués.
Résultat : 190,715km en 24 heures, 10ème place, 1er vétéran 2il me manque 301m pour battre mon record de Séné !
Tant pis, je suis quand même satisfait de moi et de ma manière de gérer ces 24h que j'ai trouvé très bien organisés.

Complément à ce CR :
J'ai analysé pas mal de données depuis le week-end dernier afin d'optimiser mon potentiel pour le prochain 24h.
- Toutes les 4 heures, j'ai fait une course régulière hormis la période 0/4 où je suis allé plus vite :
0/4 = 31 tours
4/8 = 25 tours
8/12 = 26 tours
12/16 = 26 tours
16/20 = 24 tours
20/24 = 27 tours 3/4
(Là où il me manque des km, c'est dans la période 4/8, en raison de mon arrêt prolongé aux stands : j'estime la perte à 2 tours).

- Il n'y a que les 3 premiers qui ont effectué plus de km que moi lors des 12 dernières heures (temps de passage aux 12 heures pris lors du dernier passage sur la ligne de pointage avant les 12h de course) :
1er : N° 51 HEUBI Bruno 242,382 km = 127,758 + 114,624.
2ème : N° 34 FONTAINE Emmanuel 228,467 km = 120,594 + 107,873.
3ème : N° 87 SALON Gilles 208,754 km = 109,848 + 98,906.
10ème : N° 44 VIAUD Fabrice 190,715 km = 97,908 + 92,807.
4ème : N° 55 MILON Franck 202,845 km = 113,430 + 89,415.

(J'avais déjà constaté la même chose à Séné où j'avais fait le 5ème meilleur parcours lors des 12 dernières heures).

D'où vient cette différence de gestion par rapport aux autres coureurs ?
C'est toute la problématique des courses de 24 heures qui certainement aussi peut s'appliquer aux autres courses :
- partir "lentement" et garder le plus possible de ressources pour la deuxième moitié de la course (le negativ'split du marathon par exemple);
- l'état de fraîcheur relatif dû à cette économie lors de la première moitié de la course influe sur le physique d'un côté et plus certainement sur le mental d'un autre côté; je sais que je possède des ressources mentales intéressantes pour ce genre de challenge que constituent les courses de longues durées et distances, ce mental a été travaillé lors de mes nombreuses expériences sur tout ce qui atteint et dépasse le marathon (149 courses d'au moins la longueur d'un marathon à ce jour) :

"Le lièvre et la tortue" et "La cigale et la fourmi" pourraient être les deux fables dont les morales sont tout à fait de circonstance dans le monde de l'ultra.

à+Fab****


Voici mes temps de passage au tour lors des :
                24h d'Aulnat 2008.

N° 44              VIAUD Fabrice                                190,715 km
Tour
TpsTour Temps Distance Place
1 7:56 7:56 1,194 Km 70
2 7:21 15:16 2,388 Km 55
3 7:02 22:18 3,582 Km 43
4 6:59 29:16 4,776 Km 37
5 7:45 37:01 5,970 Km 45
6 7:14 44:15 7,164 Km 43
7 7:06 51:21 8,358 Km 42
8 7:37 58:58 9,552 Km 44
9 7:23 1:06:20 10,746 Km 44
10 7:04 1:13:24 11,940 Km 43
11 7:42 1:21:06 13,134 Km 42
12 7:03 1:28:08 14,328 Km 38
13 8:07 1:36:14 15,522 Km 42
14 7:08 1:43:22 16,716 Km 43
15 7:42 1:51:03 17,910 Km 42
16 9:32 2:00:35 19,104 Km 47
17 6:57 2:07:31 20,298 Km 46
18 7:04 2:14:35 21,492 Km 44
19 7:33 2:22:08 22,686 Km 46
20 7:21 2:29:29 23,880 Km 42
21 7:27 2:36:56 25,074 Km 42
22 8:16 2:45:11 26,268 Km 46
23 10:59 2:56:09 27,462 Km 48
24 6:54 3:03:03 28,656 Km 46
25 7:21 3:10:24 29,850 Km 45
26 7:28 3:17:51 31,044 Km 44
27 9:04 3:26:54 32,238 Km 44
28 7:29 3:34:23 33,432 Km 44
29 7:42 3:42:04 34,626 Km 44
30 7:50 3:49:54 35,820 Km 43
31 8:15 3:58:08 37,014 Km 42
32 9:01 4:07:09 38,208 Km 41
33 9:15 4:16:23 39,402 Km 41
34 7:29 4:23:52 40,596 Km 42
35 8:00 4:31:51 41,790 Km 42
36 8:41 4:40:32 42,984 Km 42
37 9:17 4:49:48 44,178 Km 41
38 6:52 4:56:40 45,372 Km 39
39 6:48 5:03:28 46,566 Km 38
40 7:11 5:10:38 47,760 Km 37
41 15:21 5:25:58 48,954 Km 39
42 7:09 5:33:07 50,148 Km 39
43 6:08 5:39:15 51,342 Km 38
44 8:17 5:47:32 52,536 Km 38
45 6:44 5:54:15 53,730 Km 36
46 7:06 6:01:22 54,924 Km 34
47 8:05 6:09:26 56,118 Km 33
48 8:25 6:17:50 57,312 Km 33
49 10:39 6:28:28 58,506 Km 33
50 7:35 6:36:03 59,700 Km 33
51 9:11 6:45:14 60,894 Km 32
52 8:56 6:54:10 62,088 Km 32
53 7:29 7:01:39 63,282 Km 32
54 9:01 7:10:40 64,476 Km 32
55 8:26 7:19:06 65,670 Km 31
56 33:12 7:52:17 66,864 Km 39
57 9:04 8:01:20 68,058 Km 39
58 9:24 8:10:43 69,252 Km 39
59 8:36 8:19:19 70,446 Km 39
60 8:56 8:28:14 71,640 Km 39
61 9:17 8:37:31 72,834 Km 38
62 9:07 8:46:37 74,028 Km 37
63 9:10 8:55:47 75,222 Km 37
64 11:27 9:07:13 76,416 Km 37
65 10:14 9:17:27 77,610 Km 38
66 9:51 9:27:18 78,804 Km 38
67 9:02 9:36:19 79,998 Km 38
68 8:11 9:44:30 81,192 Km 37
69 9:13 9:53:43 82,386 Km 36
70 9:11 10:02:53 83,580 Km 34
71 9:32 10:12:25 84,774 Km 34
72 10:16 10:22:41 85,968 Km 34
73 8:24 10:31:04 87,162 Km 34
74 9:25 10:40:28 88,356 Km 34
75 10:16 10:50:44 89,550 Km 34
76 8:47 10:59:31 90,744 Km 33
77 9:46 11:09:16 91,938 Km 33
78 9:19 11:18:35 93,132 Km 33
79 8:10 11:26:45 94,326 Km 31
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